Rebondir: mes visas refusés

Il y a un an ma deuxième tentative d’obtenir un visa travail avait été refusée et pour la première fois de ma vie, je me suis retrouvée sans perspectives d’avenir. Cela peut paraitre un peu délirant maintenant pour vous qui me suivez depuis 9 mois avec toutes les expériences sympas que je partage, mais sur le coup cela a été particulièrement difficile et pour la personne organisée et prévoyante que je suis.

Pour ceux qui ne me connaissent pas, ma carrière est vraiment importante pour moi. J’étais une élève très studieuse et j’ai mis beaucoup d’énergie dans mes études, ce que j’estime avoir réussi et ensuite dans mon début de carrière. C’est important pour moi, pas pour l’argent qui n’est pas du tout un de mes moteurs mais plus pour l’idée que mon temps est précieux et que je ne veux pas le gâcher à faire quelque chose que je déteste tous les jours. Je veux aller au travail en étant passionnée et que chaque jour soit plus intéressant que le précédent. Avant l’année dernière, j’avais un plan jusqu’a mes 40 ans (ca fait vraiment psychopathe maintenant que je le mets sur papier haha) de carrière qui me conduirait jusqu’au Graal: Interpol. J’ai travaillé très dur les 5 dernières années en sacrifiant beaucoup de choses (dont ma remise de diplômes de Sciences Po pour un déplacement professionnel) en me disant que cela allait m’amener où je voulais aller et que la dure labeur était une partie du processus. Mais, la vie a quelque fois une façon amusante de se mettre sur le chemin et en mille ans, je n’aurais jamais imaginé ce qui s’est passé ensuite.

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Les faits

A Paris, j’avais un poste assez délirant pour mon age, je me déplaçais beaucoup, je donnais des cours, des conférences, j’avais ma propre équipe et je coordonnais plus de 60 personnes. Pour moi, c’était évident que les choses allaient continuer dans le sens où elles avaient commencé.

Dans ma recherche d’emploi aux Etats-Unis, j’ai très rapidement trouvé un poste intéressant, dans mon domaine mais avec une montée de compétences et de salaire, ce que je cherchais. Si il est extrêmement facile de trouver un emploi aux Etats-Unis (bien plus qu’en France), obtenir le visa de travail, qui s’obtient sur loterie, en payant pour l’entreprise et qui est comme peut-être l’avez vous lu quelque part, quasiment impossible à obtenir. Mais, je ne suis pas vraiment du genre à prendre peur et je me suis lancée dans l’aventure de l’immigration américaine. Mon premier visa a été refusé fin mai 2019. L’entreprise qui devait m’embaucher dont je tairais le nom ici a été vraiment désagréable, ils ont pris du temps pour faire les papiers, ne me répondaient presque jamais et je me suis accrochée en continuant à y croire et en refaisant une demande.

Nous avions rendu notre appartement, j’avais démissionné de mon poste et nous devions partir dans 2 semaines quand mon deuxième visa a été refusé et que suite à ça, l’entreprise a retiré sa proposition d’emploi. Je me rappellerais toujours du sentiment glacé que j’ai senti dans mon sang en lisant l’email que m’avait envoyé celle qui aurait du être ma supérieure. Malheureusement, c’était le jour où je devais fêter mon anniversaire avec mes amies et je n’ai pas pu y aller, j’étais vraiment anéantie. J’étais à la rue, sans plans d’avenirs, Valentin partait vivre aux Etats-Unis et j’avais 15 jours pour trouver une solution de repli.

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Comment j’ai réagit

Ce qui est intéressant quand quelque chose comme ça arrive, c’est de comprendre les méchanismes de repli et de sauvegarde que nous mettons en place, sans vraiment y réfléchir. A ce moment là, j’ai vraiment cru que tout ce que nous avions fait, investi et mis en place pour réaliser notre rêve allait partir en fumée. Je me rappelle que le lendemain, je n’ai pas réussi à me lever et que ca tournait sévère dans ma tête, j’étais bouleversée et je savais pas quoi faire. Valentin m’avait proposé de refuser son offre et de rester à Paris, mais il avait tellement investi de temps avec cette entreprise que ca m’avait paru injuste de le priver de cela. Vers midi, je me suis dit que j’avais deux options: abandonner (ce qui aurait été okay aussi) ou retrouver quelque chose et recommencer ce process de visas coute que coute. Les 4 jours suivants, j’ai fait 722 candidatures à New York sans dormir. C’était pendant la coupe du monde et pendant que les gens hurlaient pour soutenir notre équipe, j’envoyais des CVs en masse. J’ai eu rapidement plusieurs entretiens mais la question du visa se posait encore et encore, les entreprises ne voulaient pas payer pour moi (ce que je comprends). J’ai quand même eu deux offres d’emploi: une dans mon secteur chez Le Pain Quotidien et une dans une petite ONG qui s’occupait des enfants maltraités aux Etats-Unis et en France. Je pense qu’à ce moment là, j’ai eu un espèce de flash que je ne saurais pas vraiment expliquer mais j’ai senti dans mon coeur qu’il fallait que je choisisse cette ONG. J’ai donc accepté leur offre et nous sommes repartis sur un long processus d’immigration américaine. Trois semaines plus tard, mon visa était accordé et j’ai vraiment su que c’était la bonne décision et qu’au lieu de travailler en compliance avec un bon poste pour une grosse boite malhonnête (desolée mais je les déteste), je devais travailler dans quelque chose de plus altruiste et qui je pense me correspondait plus.

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Bilan un an après

Pour être honnête, ma vie a complètement changé et tous les jours je me demande si c’est en bien ou en mal. J’ai recommencé à zero: c’est a dire que je ne connaissais pas vraiment le secteur de la protection de l’enfance avant de rejoindre F., j’ai du repartir tout en bas de l’échelle où la seule personne en dessous de moi est une stagiaire quand avant j’avais ma propre équipe, j’ai beaucoup moins de responsabilités, je ne me déplace plus et mon travail est moins reconnu qu’avant. Souvent, ma carrière d’avant me manque et j’aimerais retrouver cela.

Mais, ma vie personnelle est tellement MIEUX. Mon ezcéma que j’avais depuis ma naissance a presque entièrement disparu, j’ai assez de temps pour faire du bénévolat de manière assez poussée avec UNICEF, j’ai pu adopter un chien et passer vraiment du temps avec ma famille (incluant le dit chien et Valentin) et profiter de New York autrement que derrière mon ordinateur.

Avec du recul, c’est un peu bizarre à expliquer mais je pense que tout ce qui s’est passé est arrivé pour une raison et au bon moment et que c’est uniquement temporaire et que prochainement, ma carrière repartira comme avant. Je pense que j’avais besoin de vivre cette expérience américaine, d’avoir plus de temps pour ma vie personnelle, de construire ma famille et surtout de faire quelque chose de mes journées qui a un sens. J’adore mon nouveau travail, j’adore voir directement le fruit de ce que nous faisons et j’adore mon équipe qui est adorable. Et, à la fin de la journée, c’est vraiment vraiment le plus important.

Claire

 

 

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